Chronique

Pourquoi nous avons quitté Fermont, le paradis de l’hiver

Marquée par les courbatures du déménagement, notre traversée du Québec s’est bien déroulée. Madeleine, Norbert et moi sommes partis de Fermont en gardant nos émotions derrières, pas le temps de les vivre tout de suite. Nous avons laissé une région que nous avons habitée 6 ans pour nous installer au Témiscamingue, à St-Bruno-de-Guigues, pour reprendre la ferme familiale de Madeleine : Nordvie.

Premières impressions

Nous nous sommes toujours intéressés à l’agriculture et nous rêvions d’autosuffisance, de grands espaces et d’entrepreneuriat ; on est un peu hippie il faut croire. C’est un retour à la terre, un Stardew Valley en vrai, qui va donner plein d’espace à Norbert pour jouer, grandir et explorer.

C’est la raison pour laquelle j’ai embarqué à pieds joints dans l’aventure, mais c’est encore bizarre de dire que nous avons quitté Fermont pour devenir fermiers. Ça reste abstrait pour nous même si nous étions des jardiniers nordiques enthousiastes, formés par Francine chez Pousse Partout ! (membre UPA le plus au nord du Québec). Chaque été à Fermont, nous avions notre jardin, mais ce n’était pas comme une entreprise, pour générer un salaire. Je suis un développeur web et je vais continuer à travailler à mon compte ; j’adore ça. J’embarque dans Nordvie avec la même motivation, mais avec seulement moins de temps à investir.

La jardinerie de Pousse partout! Fermont

L’arrière du camion une fois rempli.

La préparation du déménagement

C’est difficile louer un camion au 52e parallèle, quand tous les habitants qui s’installent ou quittent se font payer le déménagement par une minière. Les camions louables à des coûts abordables pour de nouveaux fermiers amateurs se font rares et sans embarquer dans l’épopée d’avoir un camion de transport à Wabush (près de Fermont). En gros, nous avons finalement dû le conduire de la Haute-Côte-Nord jusqu’à Fermont, dans la MRC de Caniapiscau. Tout ça grâce à mes parents et un oncle qui sont montés nous aider dans le nord, le mi-nord que j’appelle (c’est seulement au 52e parallèle aussi haut que la Baie d’Hudson).

Nous avons loué un camion de 20 pieds et nous l’avons rempli du plancher jusqu’au plafond, tranquillement sur trois jours. Les électroménagers ont été chargés un soir grâce à un ami et le restant des boites durant les deux autres jours. Le tout bien attaché, avec tout notre matériel, diminué par les ventes et dons d’avant déménagement ; malgré une vague de minimalisme que nous a transmise Madeleine.

La route en « U »

Nous avons pris la route sur la 389 tout juste avant la première bordée de neige qui est restée pour tout l’hiver fermontois. Vers la mi-octobre d’habitude la neige reste, même si le gazon est encore vert.

La première journée fut la plus difficile, un ~580 kilomètres relativement droit par endroit, surtout sinueux entre Baie-Comeau et Manic V, et avec un petit bonhomme qui a le mal de la route 389. Nous étions 3 véhicules. Papa dans le camion de déménagement avec les deux minous, Maman, Norbert et Grand-maman dans notre auto et Grand-Papa et Oncle Donald dans la voiture de mes parents. J’étais sous l’emprise du stress, de l’inconnu et de la joie d’une aventure qui commence. Nous avons quitté ce paradis isolé et méconnu que j’ai à peine eu le temps d’explorer, là où l’hiver est merveilleux.

Nous étions heureux d’arriver à Baie-Comeau.

Le deuxième jour fut plus facile, mais aussi long malgré un enchaînement de routes secondaires et rapides. Norbert a adoré voir les lumières de la ville de Québec. Nous y étions à l’heure du coucher de soleil et c’était déjà magnifique depuis La Malbaie, je n’ai pas arrêté pour prendre de photo, mais j’ai encore des images claires dans ma tête.

Nous nous sommes arrêtés dans mon Patelin une journée, à St-Timothée dans Salaberry-de-Valleyfield. Grand-Maman et Grand-Papa sont restés chez eux et nous avons rejoint le Témiscamingue en passant par l’Ontario. C’est plus rapide par là, quant on part de Valleyfield.

Après 2000 kilomètres, nous sommes arrivés et on a vidé tout le camion en beaucoup moins d’heures qu’il en a fallu pour le remplir. Quelques problèmes de transfert interprovincial chez l’entreprise de location, un problème de conversion des milles vers les kilomètres (parce que le camion venait de l’Arizona) je présume, nous avons remis le camion à la succursale locale. Là c’était vrai, nous étions déménagés au Témis et l’aventure commençait.

Je trouve ça vraiment séduisant l’image du développeur Fermier, mais c’est encore flou comme concept. Dire : « nous cultivons maintenant de la Fraise, de la rhubarbe et des Framboises » n’a pas encore de fondation, de souvenir pour moi. J’ai vécu et habité en campagne jusqu’au cégep, mais notre fondation va se former qu’après notre première saison, nos récoltes. Nous aurons à ce moment là, une fractions des souvenirs nécessaires pour porter cette phrase et pouvoir se définir comme agriculteurs, sans galvauder ni se pavaner.

Maintenant Norbert fait voyager ses petits autos à Baie-Comeau et c’est devenu l’unité de mesure qui représente ce qui est loin, loin comme nos beaux souvenirs, ses premiers pas et loin comme ce qui s’en vient : notre vie sur la ferme.

Marc-André Martin

Marc-André Martin

Chroniqueur
4 réponses
  1. Laetitia & Reto
    Laetitia & Reto dit :

    Bravo les amis ! Quels challenges ! Oui, je l’écris au pluriel, parce que finalement le déménagement en était un, mais il reste encore beaucoup d’expériences dans l’agenda… Sans compter les imprévus ! Il faut du courage, biensûr, mais également une bonne dose d’énergie pour parvenir à faire le premier pas du changement de vie. On l’a fait il y a quelques années avec nos 3 enfants à l’époque et nous le referions sans hésiter. Quel bonheur de lire ces quelques lignes et ressentir votre impatience, votre joie, mais aussi cette légère appréhension quant au succès de votre apprentissage dans l’exploitation fermière. Reto se joint à moi pour vous souhaiter pleine réussite. Notre esprit aventureux nous embarquera certainement jusqu’à ce petit point sur la carte où vous avez décidé de vous installer. Une chose est sûre, on se reverra 😉 Salutations du Labrador les amis ♥ Vous nous manquez, vraiment.

    Répondre
    • Marc-André Martin
      Marc-André Martin dit :

      Merci Leatitia, Réto et les enfants, ça nous touche beaucoup. Vous serez les bienvenues au Témiscamingue! D’ici 2 mois ça serait inconfortable pour vous (dû au rénovations), mais après nous serions moins gêné 🙂

      Répondre
  2. Chalouve
    Chalouve dit :

    Ayé c’est le grand saut ! Félicitations ! Que de nouvelles aventures qui s’en viennent :). J’espère qu’on pourra venir vous voir un de ces jours.

    Répondre

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *